Programmer en chinois classique

Lingdong Huang et al., An Introduction to Programming in Wenyan, 2020 [CC BY-NC 4.0].

RELIQUE

Ce code jauni a été conçu pour donner l’illusion de provenir d’un livre ancien. En réalité, l’ouvrage n’a pas dix ans – et il n’existe sans doute que sous forme numérique. Il s’agit de la version dite « relique » du manuel du langage de programmation Wenyan.

À propos du code

Dominée par une syntaxe anglaise devenue norme mondiale, la programmation contemporaine tend vers une uniformisation de la pensée informatique. Certains langages expérimentaux rappellent que programmer peut aussi être un acte culturel et linguistique.

Ce langage, créé par Lingdong Huang début 2020, emprunte de manière originale et astucieuse des structures grammaticales du chinois classique (wenyan), langue dans laquelle ont été écrits de nombreux classiques chinois, parmi lesquels le traité mathématique des Neuf Chapitres. L’ensemble d’un code en wenyan est composé de phrases en wenyan certes stéréotypées, mais grammaticalement correctes.

Le code de onze colonnes se lit de haut en bas et de droite à gauche. Les bonnes pratiques de programmation n’étant pas sans faire écho à l’art de la répartition spatiale des contenus dans l’édition des textes mathématiques chinois, l’indentation et la coloration syntaxique facilitent l’appréhension d’ensemble du code. Les noms de variables sont à l’encre bleue, les structures de contrôle en rouge, les instructions en noir, les nombres en jaune.

L’algorithme est celui du triangle de Pascal. Les dix premières colonnes définissent l’algorithme, et la dernière tout à gauche stipule de le calculer jusqu’au rang 7. Les deux premières lignes du résultat apparaissent tout à gauche de la page : « 1 », puis « 1 1 ». Si l’algorithme lui-même est sans surprise, il n’est pas sans ironie de présenter sous la forme d’un texte classique chinois le triangle de « Pascal », objet décrit au XIIIe siècle par le Chinois Yang Hui, mais baptisé d’après un mathématicien français du XVIIe siècle.

Le langage wenyan montre la grande liberté de création que l’histoire et la linguistique proposent à la programmation informatique, à une époque où l’hégémonie du langage Python ou C tend à effacer cette diversité.

BIOGRAPHIE

Baptiste Mélès, ancien élève de l’École normale supérieure de Paris, agrégé et docteur en philosophie, ambassadeur de Software Heritage, est chargé de recherche au CNRS. Son travail en philosophie de l’informatique s’appuie sur l’étude directe des codes sources et les aspects linguistiques de la programmation. Il coorganise depuis 2015 le séminaire Codes Sources à Paris.

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